Le cerisier tardif (prunus serotina)

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Le cerisier tardif (Prunus serotina) est un arbre de plus en plus répandu sur le territoire belge.  
Originaire d’Amérique du Nord, il fut introduit sur le continent européen dès les années 1600 et a fait l’objet, pour des raisons sylvicoles, de plantations de grandes envergures à la fin du XIXe siècle, que ce soit en Belgique ou dans d’autres pays européens. Cet intérêt sylvicole a permis au cerisier tardif de se naturaliser dans nos forêts jusqu’à être considéré comme une plante exotique envahissante. Actuellement, l’espèce a été détectée dans 35% des forêts en Flandre.  

 

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Pour reconnaitre les EEE, n’hésitez pas à utiliser des applications telles que ObsIdentify (ou la version en ligne : www.observations.be) et à consulter la liste complète de la cellule IAS ou cette liste moins complète, mais plus visuelle de la Wallonie. Si vous désirez réaliser des plantations, vous pouvez vous référer aux listes de plantes indigènes du vademecum de YesWePlant, afin d’éviter toute nouvelle plantation d’EEE.  

En effet, les plantes indigènes sont plus favorables à la biodiversité que les plantes exotiques. 

Le cerisier tardif un danger pour vos milieux naturels ?  

Adalia-focus-plante-cerisier-tardifLe cerisier tardif est actuellement classifié comme l’une des plantes envahissantes les plus problématiques en Belgique (Catégorie A3). Il peut s’avérer problématique dans certains milieux ouverts protégés tels que les dunes, les landes et les tourbières. En effet, ce dernier va rapidement coloniser le milieu que l’on souhaite garder ouvert ou semi-ouvert, c’est-à-dire sans arbres ou grands arbustes, et va donc réduire la diversité végétale par la modification de l’habitat. Il peut également s’installer dans des écosystèmes forestiers naturels ou il sera généralement moins problématique, comme nous allons le voir par la suite. Son principal impact économique se situe dans sa colonisation rapide des forêts non naturelles, après une coupe à blanc, ou il entrera en compétition avec les plantations forestières.   

Un peu de positif

Le cerisier tardif présente toutefois des aspects positifs, même s’ils ne contrebalancent pas ses aspects négatifs. D’abord, il est apprécié pour ses caractéristiques ornementales, d’où sa présence dans certaines pépinières ornementales et forestières. A noter que d’autres cerisiers indigènes se substituent cependant très bien à lui (voir fin de l’article). Il est également encore planté en Europe dans certaines plantations de résineux afin d’accroitre la qualité des sols, mais également pour son bois.   

Les fruits du cerisier tardif sont des petites cerises comestibles noires en grappes. Ces dernières sont fortement appréciées par l’avifaune et le grand gibier qui participent activement à la dispersion des graines, sans pour autant manger ses feuilles qui sont, elles, peu appétentes (comme tous les « Prunus », présence d’acide cyanhydrique dans toutes les parties de la plante, exceptée la chair des fruits).  

Maintenant que vous connaissez mieux cette EEE, comment gérer le cerisier tardif si ce dernier est présent dans votre commune ?  

Gérer le cerisier tardif ou vivre avec ?  

La première question à se poser est « faut-il réellement mettre en place une gestion ? ». Pour le savoir, il est important de tenir compte de deux facteurs :  

  • Le milieu, les caractéristiques du site : est-ce un milieu naturel protégé ou riche en biodiversité ? Est-ce que le site est ouvert ou densément boisé ?  

  • Le stade d’invasion, c’est-à-dire le nombre de cerisiers tardifs installés sur la parcelle : est-ce qu’il n’y a que quelques jeunes plantules ? Ou est-ce que plusieurs arbres matures sont déjà bien installés sur le site ?  

Il est important de se poser ces questions, car la gestion du cerisier tardif peut se révéler complexe. En effet, après une coupe du tronc principal, il peut produire de nombreux drageons et rejets de souches. Sa gestion peut donc rapidement demander beaucoup de temps et d’argent.

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Source photo :https://fr.wikipedia.org/wiki/Ann%C3%A9lation

Dans le cas de milieux ouverts dans des zones naturelles protégées ou riches en biodiversité, une gestion peut s’envisager et, si possible, assez tôt afin de déterrer les jeunes arbres. Si les arbres sont déjà adultes, un écorçage en anneaux partiel (annélation) de l’arbre se révèle être la meilleure solution afin de le tuer à petit feu et ainsi éviter la production d’un trop grand nombre de rejets et drageons. Dans le cas d’une forte invasion et en dernier recours, une application de glyphosate peut-être réalisée sur les souches coupées afin de les dévitaliser. Cela demande cependant une phytolicence et des preuves de la nécessité de l’utilisation du produit dans le registre d’utilisation des PPP.

Dans le cas de milieux forestiers, la gestion du cerisier tardif peut s’avérer plus controversée. Cela s’explique, car il s’agit d’une espèce dite « pionnière » tels le bouleau, le peuplier, le sorbier des oiseleurs et d’autres espèces de chez nous. Ce sont les premiers arbres à se développer dans des milieux ouverts ou forestiers récemment coupés. Ces arbres et le cerisier tardif vont donc naturellement, dans un écosystème forestier libre d’intervention humaine, laisser leur place à des espèces dites « climaciques » que sont le hêtre et les chênes en Wallonie. Ces espèces de grande envergure, ne laissant que peu de lumière atteindre le sol, remplacent naturellement les cerisiers tardifs en poussant lentement mais surement à leurs pieds.   

Comme dit précédemment, le cerisier tardif posera bien plus de problèmes dans un contexte de forêt industrielle monospécifique, où une coupe à blanc est réalisée tous les 50 à 80 ans. Cela s’explique par la capacité du cerisier tardif à végéter en poussant lentement en dessous des grands arbres afin de rapidement pousser après la coupe. Une fois les milieux ouverts, les cerisiers tardifs bien installés sont alors difficiles à contrôler à grande échelle. La replantation d’espèces sylvicoles est ainsi rendue plus complexe. Une gestion par écorçage et déterrement des jeunes arbres peut être réalisée. Mais la solution la plus simple et la plus intéressante pour la biodiversité reste d’attendre patiemment afin de laisser la succession naturelle suivre son cours.  

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Des alternatives indigènes : le cerisier à grappes (Prunus padus) et le merisier (Prunus avium)  

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Cerisier à grappes (Prunus Padus) - Source : www.leparisien.fr

Le cerisier tardif étant encore vendu dans certaines pépinières pour ses qualités ornementales ou sylvicoles, il est intéressant de connaitre des alternatives indigènes

La meilleure alternative étant le cerisier à grappes (Prunus padus). Ce cerisier indigène ressemble tellement au cerisier tardif envahissant qu’il est difficile de faire la différence entre les deux sans connaitre certains signes distinctifs.  

Le merisier ou cerisier cultivé (Prunus avium) peut également être une bonne alternative. Bien que moins similaire au cerisier tardif, il produira des fruits de plus grosse taille pour la faune et les habitants de votre commune.  

A noter que favoriser ces cerisiers provenant de chez nous ainsi que d’autres espèces indigènes permet de bénéficier des subsides YesWePlant ou BiodiverCité.  

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Cerisier à grappes (Prunus Padus)
Source : theoriginalgarden.com 
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Pour conclure :  

Arrivé d’Amérique du Nord pour son caractère ornemental et ses qualités sylvicoles. Il n’est aujourd’hui plus envisageable d’éradiquer le cerisier tardif du continent européen. Il fait désormais partie de nos paysages. Il est donc important de cibler les zones de gestion au moyen d’arguments écologiques et financiers. 
On ciblera par exemple les réserves naturelles contenant des milieux ouverts ainsi que leurs abords. Moins problématique dans les écosystèmes forestiers naturels stables, c’est dans les forêts de production intensive avec des coupes à blanc que le cerisier tardif dérange le plus … Voilà une belle occasion de réfléchir aux méthodes actuelles de gestion de nos forêts !  

Cette thématique vous intéresse ?

Pour toute question sur la gestion des plantes exotiques envahissante, n’hésitez pas à contacter : Louis Noel, Bernard Drosson, Célia Larrinaga-Balseiro.  

 

Un article réalisé par Louis Noël, conseillers technique pour les professionnels.

Sources :